Lettre au futur premier ministre

Chronique financière,
publiée dans le Canada Francais, le 3 avril 2014


Cher futur premier ministre je vous écris cette lettre, car je suis inquiet pour l’avenir financier des Québécois. Je le fais d’une façon non partisane, car travaillant avec les finances personnelles des citoyens je suis à même de constater des réalités économiques de ceux-ci. Je dois vous dire que je m’adresse à vous d’une façon neutre, car pour moi le rôle de votre fonction n’est pas qualifiable par un genre féminin ou masculin, personnellement je considère qu’il n’y a que des humains peu importe leurs sexe ou allégeance sexuelle.

Je souhaite que vous soyez intègre et conséquent pour nous. Je suis carrément las de constater que le Québec arrive bon dernier dans plusieurs secteurs et qu’en plus nous soyons des plus taxés. Selon le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO), un citoyen gagnant 53 819$ paiera 21 374$ de par ses impôts, la taxe sur l’essence, la taxe sur la bouteille de vin qu’il achète à la SAQ, la taxe sur sa police d’assurance, les taxes salariales, sa taxe municipale et scolaire et autre.  C’est 39,7% de son salaire qui y passe en taxation avant qu’il paie son hypothèque, la nourriture de sa famille et qu’il puisse mettre un sou de côté pour sa retraite. Oui nous avons des services, mais pouvons-nous faire mieux?

À titre de juristes je souhaite que vous adoptiez déjà des lois justes et équitables et que notre balancier juridique ne soit pas constamment déséquilibré suite à des réformes trop agressives.  Trop souvent l’on remarque que les lois déficientes sont corrigées par des lois très agressives dont il faut bon nombre de fonctionnaires pour les sanctionner. Ne pourrions-nous pas trouver des formules simples et efficaces pour sanctionner nos lois ? À titre d’exemple seulement, je vous soumets humblement le concept adopté par l’Argentine, la Colombie, le Portugal et autres d’utiliser les reçus de factures de ventes comme billet de loterie donnant droit au consommateur de gagner un prix tiré par l’état. Le but est de contrer l’évasion fiscale, et reconnaissez que certains de ces états ont une réputation peu enviable. Croyez moi tout le monde veut ainsi une facture officielle et c’est plus efficace que les pubs de Revenu Québec. Évitons de placer un fonctionnaire derrière chaque arbre pour vérifier, soyons créatifs.

Quand allons-nous adopter des réformes structurelles pour améliorer la gouvernance,  redynamiser et favoriser la croissance économique. Aujourd’hui la planète est très petite et nous faisons face à de vives compétitions. Pris au piège par la crise financière de 2008, les pays qui ont procédé à de telles réformes structurelles ont grandement amélioré leur situation et sont maintenant en positions enviables. Porté par nos ressources naturelles nous n’avons rien fait, mais notre immobilisme nous rattrapera.

Notre planète est maintenant très petite. Quoique les Québécois affectionnent la Floride comme terre de retraite hivernale, le paradis des retraités est dorénavant le Panama, le Portugal, les Bahamas, lieux où les taxes de plusieurs sortes sont inexistantes et les cadeaux affluent pour ces retraités venus dépenser chez eux. Taxons davantage les riches, les 1% de notre société, ainsi que les sociétés, et ils iront vers de meilleurs cieux. Aujourd’hui pour un pays qui augmente ses impôts il y en a sûrement un ou deux qui les baissent. Enlevons nos ornières, car la compétition est présente. Nos voisins américains n’ont pas hésité à agir pour se sortir de la crise.

Cher premier ministre, peut-on espérer que votre gouvernement gérera pour nous, citoyens du Québec et non uniquement pour permettre a votre parti d’être élu ou réélu. Peut-on espérer que vous saurez gérer non pour plaire à tous et chacun, en écoutant tous les groupes de pression, accordant votre attention à la roue qui grince, même si elle n’est pas en danger.  D’autres élus sur notre planète ont ainsi agi d’une façon égocentrique et plongé leurs états en déconfiture. Pensons qu’à la Grèce et d’autres pays de l’Europe du Sud.

Gouverner c’est agir en bon père de famille et aussi  faire des choix déchirants. Si un patient à la gangrène vaut mieux qu’il perde un membre de perdre la vie. La situation économique du Québec n’est pas la meilleure et il faudra faire des choix judicieux. Vaut-il mieux réparer le toit du stade olympique que de construire un anneau de glace olympique? Nous ne pouvons faire tous les projets demandés.

L’énergie est un sujet sensible auquel nous pensions nous enrichir collectivement grâce à nos forces hydroélectriques. Ceci n’est plus totalement vrai. Encore là, la compétition est vive. Nous nous devons d’exploiter de façon respectueuse et sécuritaire les ressources pétrolières que nous avons afin de diminuer notre dépendance, augmenter nos revenus et améliorer notre balance commerciale. Nous nous enrichierons collectivement. Qui plus est, en achetant du pétrole du Moyen-Orient nous contribuons à financer certains groupes terroristes. Malheureusement nous utilisons le pétrole, et nous aurons encore besoin par un bon bout de temps, agissons!

Notre population vieillit et au moins le quart de notre population n’aura pas la capacité financière de s’assurer d’une retraite confortable. Selon Statistiques Québec (2013) les 20 à 64 ans représentent 62,3% de la population et bientôt ce sera une courbe inversée.  De cela 10,9% sont des fonctionnaires provinciaux, fédéraux et municipaux qui sont munis d’un régime de pension à prestations déterminées, envié par les autres citoyens. Les dernières statistiques révèlent que 30,5% des citoyens du Québec ont contribué à REÉR en 2013. En soi il s’agit d’une bonne nouvelle, mais l’autre côté de la médaille révèle que c’est en très grande partie les mêmes personnes qui y contribuent année après année.  Que feront les autres? D’ailleurs n’allez surtout pas croire que ce que mets généralement les participants dans leurs REER siffira à leur assurer une retraite dorée.  L’ introduction des Régimes volontaires d’épargne-retraite (RVER) est une mesure bien timide comme bien d’autres programmes fiscaux accordés ces dernières années. En comparaison la Nouvelle-Zélande donne 1 000$ (https://www.kiwisaver.govt.nz/new/benefits) à titre de bonus de bienvenue pour y adhérer.  Et nous? Le loisir d’en sortir après que l’employeur ait été dans l’obligation de les y inscrire.

Cher premier ministre nous devons penser à nos enfants et petits-enfants en leur réservant de doux souvenirs, autres que de croire (à tort ou à raison) que les baby-boomers leur auront tout pris, ne leur laissant que des dettes.  Agissez avec aplomb, constance et bravoure afin de leur donner un bel avenir.